laetitia natali

torréfactrice et fondatrice de café 366

Vêtue d’un tablier en denim et cuir, l’œil rivé sur les courbes sophistiquées de l’écran de son ordinateur, une main triant les grains de café, une oreille collée au tambour : rien ne vient perturber la concentration de Laetitia aux manettes de la machine rutilante de The Beans on Fire, un coffee-shop participatif du 11e arrondissement. C’est ici qu’elle torréfie le café qu’elle importe de Colombie, du Rwanda ou d’Ethiopie, et qu’elle distribue à travers Paris au volant de sa petite Twingo. 

« A 200 degrés, chaque seconde compte. C’est une alchimie très précaire. Mais ça ne me gêne pas que mon café n’ait pas le même goût d’une semaine à l’autre. Il faut sortir des goûts standardisés, affirme cette brune piquante qui, il y a dix ans, partait faire « la Route du café » avec son copain. Un voyage qui les mène en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. À son retour, Laetitia reprend son boulot dans une agence de communication jusqu’à sa « crise de la quarantaine ». En 2014, avec deux enfants en bas âge, elle décide de changer de vie. Une rupture conventionnée et une formation (pointue) plus tard, elle rejoint les troupes de plus en plus fournies des néo-artisans. Ces milliers de cadres surdiplômés qui, chaque année, abandonnent les powerpoints et les « bullshit jobs » (pour reprendre l’expression consacrée par l’anthropologue David Graeber) pour se reconvertir dans un métier du concret. « Je me suis lancée au bon moment. D’autres avaient ouvert la voie à Paris, comme Café Lomi, la Brûlerie de Belleville ou Caféothèque. Mais je n’aurais jamais pu le faire sans le collaboratif. Une machine coûte 45.000€ et les loyers commerciaux sont très chers. En plus, c’est génial de partager son expérience et d’apprendre des autres.» 

Tous les samedis matins, Laetitia vend sa micro-production sous sa marque, Café 366, sur le marché du Pré Saint Gervais où elle vit. « Un bon café, c’est l’attention de chacun d’un bout à l’autre de la chaîne, du caféiculteur au consommateur. Je contribue à promouvoir des producteurs du bout du monde qui ramassent encore les grains à la main. C’est forcément plus cher mais j’ai de plus en plus de clients. Certains ne prennent qu’un demi paquet, un peu comme on s’offre une bonne bouteille de vin ou un bon gâteau. » Même si elle n’en vit pas encore, Laetitia ne regrette pas son choix. « J’y crois, ça a du sens, explique-t-elle en croquant dans un grain de café comme dans un cachou. On est de plus en plus nombreux à faire du bon pain, de la bière artisanale, des légumes bien élevés. Ce n’est pas un effet de mode. » (Laure Watrin)

“ Un bon café, c’est l’attention de chacun
d’un bout à l’autre de la chaîne ”